Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres, Marcel Benabou

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Verdict : Dense, insolite, mémorable !

C’est au cours de mes recherches pour mon mémoire sur le plagiat que je suis tombée sur ce livre au titre évocateur. Je pensais y trouver les confessions d’un auteur ayant plagié ses contemporains ou prédécesseurs et les raisons de cet acte. Mais pas du tout ! Quelle fut ma surprise lorsque je m’immergeais plus profondément dans une auto-analyse d’un écrivain face à son plus grand mal : son absence de production.
Au-delà du syndrome bien connu de la page blanche, Benabou nous explique plus précisément pourquoi il n’a pas écrit. Lorsqu’il était jeune, il voulait éviter de se « gâcher » en se précipitant dans l’écriture de futilités préférant laisser mûrir son talent, son inspiration. Puis divers événements ont sans cesse repoussé l’échéance à un « plus tard » toujours plus lointain. Alors que tous ces amis écrivains produisaient, il se contentait de les conseiller. Au moment de se confronter à son tour à son écriture, mille tourments semblent l’assaillirent et on le voit lutter avec lui-même tentant de faire sortir les mots de sa plume mais il butte, trébuche, se relève pour quelques pas à peine avant de rencontrer un autre obstacle. Il renonce alors pour commencer un autre récit qui connaîtra le même sort.
Outre cette difficulté presque insurmontable qui l’empêche de s’accomplir en tant qu’écrivain, il se rend compte que tout ce qu’il a laissé germé en lui, son œuvre en devenir a déjà été écrite par un autre ; on lui a volé ses mots ! Comment un auteur a-t-il pu coucher sur le papier, ses pensées, ses rêves, sa prose ! Ce tout petit livre a alors le mérite d’aborder, expérience à l’appui, le concept du plagiat par anticipation qui repose sur l’idée qu’un écrivain peut avoir écrit l’œuvre qui aurait dû être celle d’un autre des années après compte tenu de son esthétique. Ce livre est donc une vraie petite pépite et il a reçu un accueil dithyrambique mérité lors de sa parution.

Titre : Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres
Auteur : Marcel Benabou
Éditeur : PUF
Collection : Perspectives – Critiques
Date de parution : février 2002
Nb pages : 121
Format : 13×19
Prix : 15.20 euros

La singulière tristesse du gâteau au citron, Aimée Bender

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Verdict : atmosphère douce-amère sur fond de fantastique

Attirée par le titre puis intriguée par la quatrième de couverture, c’est avec impatience que je me suis plongée dans ce roman. Le synopsis est engageant : Rose découvre, le jour de ses neuf ans, qu’elle peut ressentir les émotions de ceux qui ont préparé la nourriture qu’elle goûte. Elle en fait la douloureuse expérience avec sa mère qui éprouve alors une grande tristesse, un vide existentiel. L’histoire est en apparence celle d’une famille « normale » qui possède en réalité des dons peu enviables et dont chaque membre pense être spécial et ne soupçonne pas les autres d’être né avec une particularité. Ce qui aurait pu être un livre sur une famille de super-héros qui découvre leurs capacités tour à tour et les exploite au profit du bien commun, comme il en existe tant dans les séries télévisées, est en réalité bien loin de toutes ces facilités.

En effet le récit est centré sur le personnage de Rose que l’on voit grandir et dont on suit l’évolution personnelle ainsi qu’en arrière fond celle de ses proches. Leurs dons que l’on devine au fur et à mesure semblent être des poids pour ces personnes que rien ne prédestinait à être différent. Si Rose lit dans les émotions des personnes dont elle goûte les plats, son grand-père les sentait littéralement, son frère se fond jusqu’à s’incarner en meuble et son père redoute les hôpitaux sachant qu’il se passerait quelque chose d’anormal dans ce lieu. Aucun d’entre eux ne voit l’utilité possible d’une telle capacité et chacun s’arrange comme il le peut de ce fardeau.

Ce qui m’a particulièrement plu dans ce livre c’est l’atmosphère douce-amère de l’histoire. Un quotidien où s’immisce par petites touches le fantastique sans que cela ne desserve la profondeur de ce roman, métaphore du passage difficile de l’enfance à l’âge adulte, de la découverte de son moi réel. Tristesse, mélancolie, mal de vivre y sont présents tout au long mais savamment distillés afin de ne pas peser sur le récit. Équilibre parfait entre mystère et chroniques d’un quotidien où il ferait meilleur être « normal ».

Titre : La singulière tristesse du gâteau au citron
Auteur : Aimee Bender
Traduction : Céline Leroy
Éditeur : Éditions de l’Olivier
Collection : Littérature étrangère
Date de parution : février 2013
Format : 20×14 cm
Nb pages : 343
Prix : 22.50 euros

Remède mortel, Harlan Coben

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Dès la première phrase de l’avant-propos, le ton est donné, l’auteur lui-même nous conseille de renoncer à cette lecture si l’on n’a jamais lu un autre de ses livres car c’est le second roman qu’il a publié vingt ans auparavant. Précaution qui n’est pas superflue puisqu’effectivement le thriller tombe dans certaines facilités bien connues des Américains comme le premier chapitre qui nous fait entrer in medias res dans l’action par un meurtre suivi d’une période assez longue pour poser le cadre, la vie des personnages dans laquelle se déroulera l’intrigue. Cette dernière ne sera pas très prenante d’ailleurs, le thriller se laisse lire mais il ne donne pas de sueurs froides et on le repose sans difficulté pour le reprendre un peu plus tard. L’histoire ne semble pas si datée que l’auteur le dit puisque l’intrigue autour d’une clinique spécialisée dans la recherche d’un remède contre le SIDA pourrait très bien prendre place dans l’époque contemporaine. En revanche, il est vrai que l’on sent une écriture qui débute, pas tout à fait sûre d’elle, l’intrigue n’est pas assez resserrée et pourtant c’est déjà prometteur.
Je fais partie du lectorat novice qu’Harlan Coben mettait en garde dans son avant-propos. J’ai outrepassé sa réserve par curiosité et même si je comprends la démarche de l’auteur et suis d’accord avec son autocritique, je sais déjà que je lirai ses autres livres pour laisser une autre chance, à lui d’une part mais surtout à moi dans l’espoir de découvrir un grand auteur de thrillers qui saura me faire frissonner.

Titre : Remède mortel
Auteur : Harlan Coben
Traducteur : Cécile Arnaud
Éditeur : Pocket
Collection : Pocket thriller numéro 15114
Date de parution : septembre 2012
Nb pages : 510
Format : 18×11
Prix : 8.10 euros

Les 10 amours de Nishino, Hiromi Kawakami

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Verdict : frais et dépaysant !

Dix femmes prennent la parole pour nous raconter leur histoire d’amour avec Nishino aux différentes périodes de sa vie et construisent ainsi le portrait en filigrane de cet homme insaisissable, énigmatique mais à l’attraction certaine. Au fil des récits, on se rend compte que loin de discerner les contours de la personnalité de Nishino, le mystère reste entier à son sujet, que veut-il réellement ? Parviendra-t-il à aimer sincèrement et durablement une personne ? Est-il condamné à ces incessants échecs ? Puisque s’il ne fuit pas, c’est l’autre qui devance ce qui arrivera de toute manière, la rupture inévitable.

Au terme de cette lecture, on aura finalement découvert dix personnalités, dix manières d’aimer, dix femmes car c’est bien elles plus que Nishino qui se dévoilent et dont on découvre les attentes, les aspirations, les rêves ou les renoncements.

Cette écriture d’une fraîcheur dépaysante nous invite à partager les mœurs amoureuses des japonais dans une société qui mêle tradition et modernité. Une petite curiosité à découvrir.

Titre : Les 10 amours de Nishino
Auteur : Hiromi Kawakami
Traduction : du japonais par Elizabeth Suetsugu
Éditeur : Philippe Picquier
Collection : Littérature grand format
Date de parution : février 2013
Nb pages : 206
Format : 20×13
Prix : 18.50 euros

Le Bonheur prisonnier, Jean-François Chabas, David Sala

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Cet album, à l’esprit japonisant, nous présente une tradition suivant laquelle un grillon doit rester enfermé dans une cage pour protéger la demeure où il se trouve. Le petit Liao, ne trouvant pas cela juste, décide de le libérer. Dès lors, s’abat sur la maisonnée une série de malheurs. Mais tout rentrera dans l’ordre, lorsque le grillon reviendra de lui-même à la condition de ne plus être emprisonné.
C’est une belle leçon sur le bonheur et la liberté que nous conte Jean-François Chabas qui adopte une écriture simple, à la portée des plus petits mais qui ravira également les plus grands, grâce à la magnificence des illustrations. Le talent de David Sala se déploie dans tout l’album, à travers une palette de couleurs vives et des scènes sublimées, comme un jardin luxuriant, des costumes travaillés, un décor qui nous fait voyager. Ce raffinement se poursuit sur le texte avec la présence d’arabesques dorées à chaque page.

Titre : Le Bonheur prisonnier
Auteur : Jean-François Chabas
Illustrateur : David Sala
Éditeur : Casterman
Collection : Les albums Casterman
Série : David Sala
Date de parution : avril 2011
Format : 24×32 cm
Nb pages : 48
Prix : 14.95 euros

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Odette Toulemonde, et autres histoires, Eric-Emmanuel Schmitt

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Verdict : divertissant

Huit nouvelles et autant de portraits de femmes qui cachent un secret délibérément ou malgré elles. Une lecture rapide et aisée mais inégale sur la qualité du contenu. Certaines sont enthousiasmantes ou touchantes alors que d’autres nous laissent de marbre. Pour autant, on apprécie l‘attente dans laquelle nous place l‘auteur et la chute qui nous est révélée à l’extrême fin du récit. L’écriture, sans prétention, est divertissante sans prendre le pas sur le cœur de ces nouvelles : huit destins de femmes toutes différentes. On assiste à un tournant dans leur vie, à un moment critique et on se laisse surprendre par la tournure des événements que l’on ne parvient pas toujours à prévoir.

N’ayant vu le film associé à l’une des nouvelles Odette Toulemonde ni lu une autre œuvre de cet auteur et bien que plaisant sans être le livre du siècle, j’aurai plaisir à céder à la curiosité de découvrir un peu plus le produit de l’écriture d’Eric-Emmanuel Schmitt.

Titre : Odette Toulemonde, et autres histoires
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Editeur : Albin Michel
Date de parution : novembre 2006
Nb de pages : 288
Format : 20×13
Prix : 19.30euros

 

Le Voyage d’hiver, Amélie Nothomb

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Verdict : un voyage déroutant

Habituée à lire cette auteure que j’apprécie particulièrement, j’ai entamé cette nouvelle plongée dans l’univers farfelu et toujours déroutant qu’elle nous propose une fois de plus, avec un a priori positif. La situation initiale m’a plutôt convaincue à savoir que Zoïle rencontre Astrolabe lors d’un contrôle EDF et s’en éprend. Mais celle-ci vit avec Aliénor, une romancière talentueuse bien qu’autiste à qui elle est totalement dévouée. Astrolabe accepte d’entamer une relation amoureuse avec Zoïle qui la poursuit de ses assiduités à la condition de rester en permanence en présence d’Aliénor ce qui complique considérablement l’épanouissement de leurs sentiments d’autant qu’Aliénor est tout sauf discrète et observe ostensiblement le couple dans leurs échanges affectifs. Tout ceci nous est relaté par le personnage masculin lui-même, a posteriori, alors qu’il est sur le point de commettre un attentat en détournant un avion. Il nous raconte donc comment il en est arrivé à cette folie.

Si, au départ, tout était réuni pour passer un bon moment, l’épisode des champignons hallucinogènes a eu l’effet d’un bad trip sur ma personne et cette impression que l’auteure était passée à côté du dénouement de son roman s’est poursuivie jusqu’à la fin de celui-ci. En revanche, contrairement à d’autres lecteurs, la fin qui n’en est pas vraiment une ne m’a pas dérangée. C’est avec un sentiment mitigé que j’ai reposé ce Nothomb, une petite déception qui s’est accentuée au fil des heures qui ont suivi. J’aurai plaisir à relire certains des livres de cet écrivain, mais pas celui-ci.

Titre : Le Voyage d’hiver
Auteur : Amélie Nothomb
Éditeur : Lgf
Collection : Ldp, numéro 32193
Série : Littérature et documents
Date de parution : mai  2011
Nb pages : 128
Format : 10×18
Prix : 5.10 euros

Le Donjon de Naheulbeuk, Tome 2, Première saison, Partie 2

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Verdict : encore plus drôle!

Voici le second tome des aventures de notre joyeuse bande de bras cassés qui marquera la fin de l’épisode du donjon de Naheulbeuk. Après un premier album très drôle on espère retrouver le même plaisir de lecture et… on n’est pas déçu !

En effet, pour ce second volet tout est encore mieux. Les situations cocasses sont variées et distrayantes, l’humour est présent à tout moment, les dialogues sont dynamiques et jubilatoires, l‘animosité entre certains personnages notamment l’elfe et le nain s’accentue, les clins d’œil cinématographiques ou culturels se démultiplient, l’ancrage dans l’univers des jeux vidéos est encore plus marqué et un nouvel acolyte fait son apparition ! Bref, la série prend ses marques pour notre plus grand plaisir puisque l’on est déjà accroc à la mauvaise fois caractérisée de nos petits « héros », à leur malchance, leurs particularités et on a hâte de les voir évoluer.

La prochaine étape se déroulera dans un autre cadre que le donjon, à l’instar d’un jeu vidéo, le niveau est terminé mais la quête continue, la suite au prochain épisode !

Titre : Le Donjon de Naheulbeuk, tome 2, première saison, partie 2
Auteur : John Lang
Dessinateur : Marion Poinsot
Éditeur : Clair de Lune
Collection : Sortilège
Date de parution : octobre 2005
Format : 23×32 cm
Nb pages : 48
Prix : 13.50 euros

La Douleur, Marguerite Duras

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Verdict : Bouleversant!

La Douleur, le mot est lâché, le thème est posé, tout est dit et rien ne l’est encore…

Cette œuvre, en partie autobiographique, rassemble des écrits issus de cahiers que Marguerite Duras aurait rédigés pendant la Seconde Guerre mondiale et qu’elle aurait retrouvés des années après.

On la découvre tour à tour épouse attendant son mari déporté, femme engagé dans la Résistance et écrivain témoignant de ce qu’elle a vu, de ce à quoi elle a participé. Mais ce que l’on retiendra surtout c’est cette douleur omniprésente, celle de l’absence dévorante de son mari, de l’angoissante et interminable attente, de la violence du silence.

Ce récit, qui bien souvent va au-delà des mots pour frôler la folie, est servi par la plume inimitable de Marguerite Duras, une prose saccadée, douloureuse, à bout de souffle et d’une puissance émotionnelle bouleversante.

Nous connaissons tous des témoignages de déportés comme ceux de Primo Levi, Si c’est un homme, Robert Antelme, L’espèce humaine, Jorge Semprún, L’écriture ou la vie, mais La Douleur a ceci de particulier qu’il nous montre l’autre côté, le quotidien de ceux qui ne vivent que dans l’espoir du retour de ceux qu’ils attendent désespérément.

Titre : La Douleur
Auteur : Marguerite Duras
Éditeur : Gallimard
Collection : Folio
Date de parution : avril 1993
Nb pages : 217
Prix : 5.95 euros

Carmilla, Sheridan Le Fanu

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Carmilla

Verdict : plaisant

Écrit vingt-six ans avant Dracula, Carmilla est un court roman présentant tous les codes de l’esthétique gothique. D’une lecture aisée, il a la particularité de prendre un point de vue interne, celui de Laura, jeune fille désoeuvrée qui vit dans un château en Styrie avec son père, loin de toute vie sociale. Elle nous fait le récit de l’étrange aventure qu’elle a vécue en prenant soin de nous la faire découvrir à travers ses yeux et ses pensées sans nous dévoiler le fin mot de l’histoire.

Après un accident, le père de Laura accepte de recueillir Carmilla, une jeune beauté envoûtante qui deviendra très vite très proche de Laura au point de troubler celle-ci. Cette arrivée s’accompagnent d’un mal inconnu qui foudroie plusieurs villageois et d’apparitions de fantômes selon certains. Laura, elle-même, est prise d’une langueur extrême qui s’accentue au fil du temps lui faisant frôler la mort tandis que Carmilla semble également vivre des mésaventures, terreurs nocturnes, somnambulisme, disparition et santé faible.

Si la lecture est fluide et agréable, elle n’en est pas pour autant brillante. L’intérêt réside dans le choix de nous faire découvrir l’histoire à travers le récit de Laura ce qui introduit toute une part de mystère, d’ambiguïtés, de questions sans réponse et de suppositions. Car si le lecteur se doute de la véritable nature de Carmilla, il en va autrement de la narratrice qui tente de lever le voile sur les secrets de sa jeune amie (en apparence) et qui s’explique mal les élans passionnés de plus en plus tendancieux de celle-ci à son égard.

Sheridan Le Fanu nous brosse le portrait tout en nuances d’une vampire à la fois victime et monstre sanguinaire, romantique et impitoyable, d’une beauté magnétique au caractère changeant et au passé trouble, descendante d’une lignée fameuse mais éteinte. La fin du roman nous laisse entr’apercevoir ce qui fera partie du folklore vampirique, les attributs du prédateur et la manière de le tuer qui connaîtront de nombreuses variantes.

Titre : Carmilla
Auteur : Sheridan Le Fanu
Traduit de l’anglais (Irlande) par Gaïd Girard
Éditeur : Actes Sud
Collection : Babel, Les Fantastiques
Date de parution : avril 1996
Nb pages : 160
Prix : 6.60 euros